Les routes de la navigation antique (Pascal Arnaud)

Publié le par Cédric B.

Titre : Les routes de la navigation antique
Catégorie : ouvrage historique
Auteur : Pascal Arnaud
Date : 2005
Éditeur : Éditions Errance
Format : 24 x 16 cm
Nombre de pages : 248
Prix : 26€

Les premières phrases : « L’art de la navigation associe la nature, les bateaux et les hommes autour de lignes commerciales qui ont créé la civilisation méditerranéenne de l’Antiquité, façonnée par les peuples de la mer qui l’ont sillonnée, lui apportant la guerre et le pillage, mais aussi les produits, des modèles culturels et sociétaux nouveaux. Des héros aventuriers mythiques, tels qu’Ulysse, Jason ou Enée aux commerçants avides de sécurité et de profit, l’histoire de l’antiquité est celle de l’apprentissage d’un espace repoussant et dominateur, celui de la mer, pour en exploiter au mieux les faiblesses. Jamais simple, car toujours recommencée, et toujours incertaine, la mer n’est jamais domptée par l’homme. Le marin promis à une longue vie est celui qui cède à la mer lorsqu’elle se fâche pour mieux lui survivre et qui en toute circonstance saura exploiter ses cadeaux et ses faiblesses. La combinaison des savoirs accumulés, des attentes des navigateurs, des progrès techniques et des conditions naturelles a défini des routes et a façonné un espace-temps original, que les thalassocraties antiques ont tenté de maîtriser à leur profit. »
Les dernières phrases : « Ces relations ne doivent néanmoins pas nous induire en erreur, et quelles que puissent être les similitudes réelles, ou simplement apparentes, entre la carte que nous avons pu dresser et celle qu’avais jadis proposée J. Rougé, c’est l’image d’une navigation hauturière très segmentée ou liée à un sens exclusif de parcours durant une période déterminée de l’année qui paraît devoir l’emporter sur l’image très moderne d’une navigation hauturière directe. L’un des constats majeurs de cette étude est que, si seule une minorité d’itinéraires n’est praticable que dans un sens de navigation, et en général pendant une période assez courte de l’année, la majorité des liaisons hauturières directes se trouve dans cette situation.

Sans conclure pour autant à une navigation centrée sur le cabotage, nous sommes amené à proposer une image de la navigation antique sensiblement plus lente que celle que l’on en donne le plus souvent, mais globalement moins lente que celle de la navigation médiévale à laquelle certains ont tenté de l’assimiler. Cette lenteur ne tient pas en effet aux pratiques de l’échange, mais au nécessaire fractionnement des parcours en segments pratiqués selon des régimes météorologiques spécifiques.

Ces routes ne sont, au fond, que le fruit de l’éternel compromis entre les contraintes de la mer, auxquelles nul ne saurait s’opposer sans se mettre inexorablement en péril, et la conduite du détour qui permet à l’intelligence humaine de les utiliser à son profit et a, de tout temps, été au cœur de la navigation à la voile, et continue à en faire tout le sel. »


Commentaires :
Deux thèses se sont longtemps opposées en ce qui concerne la navigation antique. Pour les uns, la navigation de l'époque était dominée par le cabotage. Les techniques maritimes auraient empêché la navigation hauturière. A partir des années 1960, notamment sous l'impulsion de Fernand Braudel, chef de file de l'historiographie française et auteur de nombreux ouvrages sur la Méditerranée, une nouvelle vision s'impose. La navigation antique aurait surtout connecté de grandes cités reliées par de longues routes maritimes trans-méditerranéennes. Depuis, la polémique de ne cesse de rebondir. Horden et Purcell (The Corrupting Sea) remettent ainsi le cabotage à l'ordre du jour en insistant sur l'extrême fragmentation du monde antique, en raison des régimes des vents et du tracé des côtes.
Pascal Arnaud tente de combiner les deux approches dans Les routes de la navigation antique. Son ouvrage vise à montrer que les deux thèses peuvent être conciliées et que le cabotage qui permet à des cités voisines de communiquer n'empêche pas les traversées au long cours.
Dans la lignée des travaux de Marie-Claire Amouretti ou de Georges Raepsaet sur les attelages, l'auteur dépoussière l'image vieillote d'un monde antique étranger aux innovations. Il démontre de manière convaincante que la construction des navires a fait l'objet de nombreuses améliorations et qu'ils étaient relativement efficace, que l'équivalent de cartes ou de journaux de bord étaient utilisés, etc. Enfin, Les routes de la navigation antique s'impose par son exhaustivité. On est en effet impressionné par le recensement des dizaines de voies maritimes existantes, avec les temps de parcours moyens en fonction des saisons.
C'est donc un ouvrage qui fait date, une mise à jour indispensable sur le sujet, mais sa complétude et son austérité le rendent difficile d'accès.

En bref : Un ouvrage exhaustif réservé aux amateurs du genre.

> La semaine prochaine : Les capitaines courageux (un film de Victor Fleming, d'après un roman de Rudyard Kipling).

> Dans deux semaines : Douze contes vagabonds (un recueil de nouvelles de Gabriel Garcia Marquez).

 

post-scriptum : tous mes remerciements à Jérémie pour son aide à la rédaction de ce billet.

Publié dans Documentaires

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