Salut au Grand Sud (Isabelle Autissier et Erik Orsenna)

Publié le par Cédric B.

Titre : Salut au Grand Sud
Catégorie : Journal de voyage
Auteur : Isabelle Autissier, Erik Orsenna
Date de la première édition : 2006
Éditeur : Le Livre de Poche
Format : 281 pages (18 x 11 cm)
Prix : 6,5 €

Les premières phrases : « Au-dessus de mon lit d'enfant, il y a eu pendant longtemps une carte de l'Atlantique au format dit ''grand aigle'', la taille maximale. Tout en bas, au plus près de mon regard, courait la ligne sinueuse d'une terre : l'Antarctique. Mais cette ligne était loin d'être l'objet de mes fascinations. J'étais bien plus attirée par ces îles perdues émergeant du rift océanique : Sainte-Hélène, Ascension, Tristan Da Cunha, et évidemment par le Cap Horn. Beaucoup plus tard, une rencontre tant redoutée excita mon imagination. C'était un matin clair, dans les quarantièmes rugissants. Pour une fois, la course sereinement son cours, pas de casse, pas de mauvais temps. Je barrais distraitement, et mon oeil fut attiré par une masse sombe à l'horizon. Une île ? Ici ? Impossible. Je suis au nord de Kerguelen. Rien ne fait surface avant des milliers de milles [...]. C'était un iceberg, immense et solitaire [...]. C'est ce matin là que je pris conscience que quelque chose vivait, loin dans le sud, au-delà de cette barrière des quarantièmes et des cinquantièmes qui me semblaient pourtant déjà la fin du monde. Cette terre m'apparut avec une sorte de puissance mystérieuse, capable de produire cet objet si contradictoire, sommet de la force et de la fragilité ».
L'extrait : « La chère carte nous prévient : les vastes zones qu'elle entoure de lignes pointillées sont dites unsurveyed. Qu'est-ce qu'une zone unsurveyed ? Une note de l'Amirauté britannique, auteur de la carte (Crown copyright), nous offre une définition savoureuse dans sa tautologie hautaine : une zone unsurveyed est une zone qui n'a pas été systematically surveyed. Et, pour notre plus grande inquiétude, l'Amirauté poursuit : " Une zone où des photographies aériennes, quand elles existent, ont été utilisées pour pointer les dangers mais la présence des icebergs, si forte dans ces régions, peut cacher des dangers additionnels... Il est recommandé aux marins la plus extrême prudence quand il navigue dans de telles eaux". ».
La dernière phrase : « Ainsi, les dérèglements climatiques du reste de la planète ne semblent pas affecter le Grand Sud. Pour le moment, le courant circumpolaire continue de jouer son rôle d'isolement et de protection. L'Antarctique vit sa vie, à son rythme. Son temps n'est pas le nôtre mais celui des anciennes glaciations ».

Commentaires :
Isabelle Autissier embarque à son bord une série de compagnons de tout genre : scientifique, caméraman écrivains... Erik Orsenna, vous l'avez déjà compris, est de la partie. Leur objectif : descendre le plus bas possible et battre le record de latitude australe des voiliers de plaisance.
Salut au Grand Sud est en quelque sorte le journal de bord de cette petite équipe. Trois voix se mêlent dans ce récit : celles d'Orsenna, d'Autissier et celle d'un narrateur "neutre". Ce polymorphisme n'est pas qu'une question de forme. Il se retrouve dans le contenu de l'ouvrage. Le périple entrepris est en réalité comme un fil le long duquel s'enfilent des perles de couleurs. Des couleurs aux assemblages parfois criards. Au rappel d'une légende suit une information ornithologique ou une mise au point historique. Les histoires humaines succèdent à l'Histoire géologique. Puis on vous parle botanique, hydrologie, climatologie, marine, zoologie... Ces changements de registre, parfois brutaux ne se justifient que par leur sujet commun : l'Antarctique. Le principe d'un récit à trois voix brassant des thèmes des plus variés aurait pu accoucher d'une formidable oeuvre baroque entre les mains d'un grand auteur. On se contentera ici d'une aimable conversation entre marins de bonne compagnie.
Au fait, Autissier et les siens ont-ils réussi leur pari initial ? Vous le saurez dans les dernières pages.
En bref : Un ouvrage aux multiples facettes, au rythme souvent trop blanc.



> La semaine prochaine : Recettes pour ne pas être un cafouilleux.

> Dans deux semaines : Cours des Glénans (manuel de 1985).


Publié dans Journaux de voyage

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