Le bonheur sur la mer (France et Christian Guillain)

Publié le par Cédric B.

Titre : Le bonheur sur la mer
Catégorie : Journal de voyage
Auteur : France et Christian Guillain
Date de la première édition : 1974
Éditeur : Robert Laffont (collection J'ai Lu)
Format : 381 pages (11 x 16,5 cm)
Prix : n.a.

Les premières phrases : « Il est trois heures de l'après-midi, et Laurence dort. Son sommeil me libère le corps et l'esprit. Sous grand-voile seule, grand largue, l'Alpha file docilement ses trois ou quatre noeuds vers le sud-est, vers les Canaries. Voilà une semaine que nous avons quitté Casablanca. Il fait ce que ma tente appelle un temps de demoiselle : un bonsoleil, une petite brise, et une mer assez sage. Un temps à sa faire dorer au soleil s'il faut chaud, mais nous ne sommes qu'au début du mois de décembre. Un rayon de soleil d'hiver, oblique, traverse le carré de part en part, faisant au passage miroiter les chromes de l'évier du réchaud. Une douce torpeur nous berce. Une vague somnolence engoudrit nos muscles, ralentit nos réflexes. Ma pensée se décolle de ma peau tout doucement, comme si le reste de moi-même était mort. Le poids de mon corps retient plus mes idées, je peux les diriger à ma guise, vers ces sept premiers jours de mer, vers tout le reste... ».
L'extrait : « Que m'est-il arrivé ce matin ? Claquements de dents, fièvres, tremblements, sanglots incontrôlables, migraine, très grande soif... Je n'étais pas belle à voir ! J'ai injurié Christian, qui n'a pas l'air content. Drôle de façon de commencer l'année [...]. Le mouvement saccadé du bateau est épuisant. Je n'ai même plus la force de me lever pour aller boire et l'éppétit de Laurence croît avec le mauvais temps ! Alors je perds toute mon eau. En trois jours d'allaitement, j'ai absorbé en tout la valeur de t rois verres de liquide, sous forme de petit déjeuner. C'est vraiment trop peu. Christian me fait avaler un litre d'eau avec un [sic] boîte de lait concentré ».
La dernière phrase : « Il y a vingt jours, le Tonnant cinglait vers le large, toutes voiles dehors, raide à la toile, au près dans une brise fraîche. Il se repose dans une crique espagnole, piaffant d'impatience d'aller sur l'îlot d'Espalmador où nous l'avons conçu. Et notre petite Aïmata, princesse d'Espalmador, est née avec Le Bonheur sur la Mer...
- Alors ? L'Amérique du Sud ? Ou l'Océan Indien par le canal de Suez rouvert pour vous ?
- ...
- Avec Laurence, Mareva, Aïmata ?
- Ah, oui alors !
Oh si je pouvais cueillir vos maisons dans ma main et comme un semeur les éparpiller dans les forêts et les prés ! »

Commentaires :
Nous sommes en 1974. Un jeune couple qui s'est formé en Polynésie (elle en est originaire, lui y vivait de petits boulots) décide de s'embarquer avec son enfant qui vient de naître à bord d'un voilier. Ce voilier, ils l'achètent pour y vivre. Mais il leur est livré en Europe et ils se doivent de le ramener jusqu'à Tahiti. Ni bien ni mal écrit, le roman respecte les canons du genre. Il s'avère d'ailleurs être une bonne introduction pour ceux qui souhaitent aujourd'hui traverser l'Atlantique puis le canal de Panama. Bien que les bateaux aient changé, ainsi que les formalités administratives, les régimes des vents sont les mêmes, tout autant que les astuces pour conserver la nourriture et réhausser la cuisine du bord.
Au fil des pages, France et Christian Guillain multiplient les rencontres, rarement mauvaises, parfois étonnantes, et les petits ennuis (casse, erreurs de manoeuvres...), aussitôt transformés en anecdotes piquantes. La lecture est légère et les pages défilent les unes après les autres comme les rayons d'une roue de vélo sous le soleil. On regrette cependant des récurrences au départ amusantes mais qui deviennent pénible : les opinions sur la puériculture, l'alimentation ou, pire encore, les jugements sociaux mêlant optimisme naïf et remarques néo-colonialistes... On soupire surtout aux jérémiades incessantes de la mère. Et oui, traverser un océan n'est pas une simple partie de plaisir. Quelle découverte ! Finalement, plus que les auteurs, assez fades, on gardera en mémoire quelques personnages haut en couleur : la "châtelaine" sur son île, l'Américain de Panama, les Espagnols d'un petit village méditerranéen, pirates fantômes...
La fin du récit change cependant de ton. Elle est plus marquée, plus forte, avec un échouage tragique, sur une côté à laquelle vous ne pensez certainement pas.
En bref : Un récit daté.



> La semaine prochaine : Tendre est la mer, un roman-photo de Yann Queffélec et Philip Plisson.

> Dans deux semaines : Salut au Grand Sud, un récit de voyage d'Isabelle Autissier et Erik Orsenna.


Publié dans Journaux de voyage

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