Antartida (Francisco Coloane)

Publié le par Cédric B.

Titre : Antartida
Catégorie : roman
Auteur : Francisco Coloane
Date de la première édition : 1945
Éditeur : Fayard (collection Points)
Format : 93 pages (11 x 18 cm)
Prix : 4,5 €

Les premières phrases : « Les éclairs déchiraient le ciel au-dessus de la station radio de Walaia. Inquiet, le sergent Ulloa marchait de long en large devant la table des transmissions où le radiotélégraphiste Alejandro Silva, écouteurs aux oreilles, semblait désespéré.
- Rien d'autre ? demanda le sergent.
- Rien ! répondit Silva en soulignant de son crayon bleu, avec lequel il transcrivait directement sur papier les messages reçus, trois grandes lettres alarmantes : SOS.
Le tonnerre retentit comme si une gigantesque pile de planches venait de s'écrouler, et s'éloigna vers d'autres confins en un lent va-et-vient sonore.
- SOS ! grommela le sergent Ulloa en écho étouffé du  tonnerre.
- SOS ! répéta le radiotélégraphiste en serrant d'un geste exaspéré les écouteurs.
Puis il repassa nerveusement la pointe du crayon sur les trois majuscules bleues qui creusaient le papier. SOS ! Rien de plus ! SOS, ces trois lettres qui signifient "au secours !" pour toutes les oreilles du monde, quelles que soient les races et les langues, était le seul message qu'avait réussi à capter, en pleine tempête, la station de Walaia, quand la foudre avait subitement frappé l'antenne, interrompant la communication. »
L'extrait : « Il était clair que les manoeuvres de la goélette visaient à s'éloigner du cotre alors que l'Agamaca voulait au contraire s'approcher ; tout dépendait donc de l'habileté des équipages [...]. La goélette filait à pleines voiles, sans toutefois donner beaucoup de gîtes, en raison probablement de son lest mais surtout de l'étrange soin avec lequel on avait maintenu l'orientation de la toile. Le cotre en revanche glissait avec audace, couché sur les vagues.
- Je sais pourquoi ces bandits n'osent pas tendre les écoutes, lança Manuel à Félix, qui répondit par un sourire énigmatique.
Dévoré de curiosité par les étranges manoeuveres de la goélette, Alejandro demanda :
- Pourquoi ils ne bordent pas davantage leurs voiles ?
- Parce qu'ils transportent des bestiaux debout et c'est une cargaison dangereuse qui peut faire chavirer le bateau s'il donne trop de gîte, expliqua Manuel. »
La dernière phrase : « Soudain, d'entre les algues surgit le mugle luisant d'un phoque qui se mit à nager derrière l'embarcation. Manuel continua de ramer sans se presser, le phoque le suivit paisiblement jusqu'à l'autre rive. Et quand l'homme débarqua, l'animal décrivit un cercle tel un chien qui attend un appel. Enfin, comme rien ne venait, il disparut dans les eaux. »
Commentaires :
Si Le dernier mousse avait déçu, Antartida, sans s'élever au rang de chef-d'oeuvre, se révèle être une sympathique réussite. Les similitudes entre les ouvrages sont frappantes : même format et même les héros, que l'on retrouve avec plaisir. En effet, Alejandro Silva a grandi et il a pris de l'épaisseur. L'auteur aussi. Il a acquis en maturité. Sa plume est plus assurée, son style moins trébuchant. La langue coule sans chaos. L'intrigue elle-même se montre plus captivante que celle du Dernier mousse. On suit avec plaisir Alejandro et ses compagnons dans les mers de l'extrême-sud, bravant les dangers en quête de justice, de vérité et de cette anima qui n'a pas de nom et nous habite.
En bref : Un roman agréable et dépaysant.



> La semaine prochaine : Le bonheur sur la mer, un roman de France et Christian Guillain.

> Dans deux semaines : Tendre est la mer, un roman-photo de Yann Queffélec et Philip Plisson.

Publié dans Romans

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