Moby Dick (Herman Melville)

Publié le par Cédric B.

Titre : Moby Dick
Catégorie : roman
Auteur : Herman Melville
Date de l'édition : 1851
Éditeur : Gallimard (collection Folio)
Format : 741 pages (11 x 18 cm)
Prix : 9,6 €

Les premières phrases : « Je m'appelle Ishmaël. Mettons. Il y a quelques années, sans préciser davantage, n'ayant plus d'argent ou presque et rien de particulier à faire à terre, l'envie me prit de naviguer encore un peu et de revoir le monde de l'eau. C'est ma façon à moi de me purger le sang. Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand mon âme est un bruineux et dégoulinant novembre, quand je me surprends arrêté devant une boutique de pompes funèbres ou suivant chaque enterrement que je rencontre, et surtout lorsque mon cafard prend tellement le dessus que je dois me tenir à quatre pour ne pas, délibérément, descendre dans la rue pour y envoyer dinguer les chapeaux des gens, je comprends alors qu'il est grand temps de prendre le large. Ca remplace pour moi le suicide. Avec un grand geste, le philosophe Caton se jette sur son épée, moi, tout bonnement, je prends le bateau ».
L'extrait : « Moi, Ishmaël, j'étais un de cet équipage ; mes cris s'étaient joints aux cris des autres ; mon serment s'était soudé aux leurs, et plus fort je criais, plus mon serment s'affermissait et plus la peur remplissait mon âme. Un sentiment de sympathie sauvage et mystique était en moi. La haine inassouvie d'Achab semblait être la mienne. Attentives et avides mes oreilles semblaient recueillir l'histoire de ce monstre meurtrier contre lequel moi et tous les autres nous avions fait serment de violence et de vengeance ».
Les dernières phrases : « Le second jour, une voile se dressa, s'approcha et me repêcha enfin. C'était l'errante Rachel. Retournant en arrière pour chercher toujours ses enfants perdus, elle ne recueillit qu'un autre orphelin ».

Commentaires :
Moby Dick, écrit en 1851, est un ouvrage majeur de l'histoire de la littérature mondiale. C'est pourquoi, avant d'aborder le sujet du livre (la mer, les cétacées, le travail des baleiniers...), on ne peut pas ne pas parler du style et de la construction de l'ouvrage. Moby Dick est un ouvrage qui foudroie par son incroyable modernité. Le récit est au départ un roman d'aventures perlé de nombreuses mentions historiques ou zoologiques sur le sujet des cétacés. Le livre s'ouvre d'ailleurs sur une longue compilation de citations liées aux baleines. Mais peu à peu le roman disloque la forme traditionnelle de son genre pour la dépasser. Ishmaël cède parfois la place à d'autres narrateurs qui se lancent dans des monologues. Plus extravagants encore, certains chapitres mutent en scènes de pièces de théâtre. Chants et poésies se mêlent aussi parfois à la grande trame.

 

La figure centrale de l'ouvrage n'est pas tant Moby Dick que le cétacée en général. Herman Melville qui a beaucoup navigué et notamment sur une baleinière en 1840 maîtrise parfaitement son sujet. Les techniques de chasse et de dépecage sont longuement décrites. L'auteur a aussi effectué de longues recherches sur le sujet et développe une incroyable érudition sur les baleines : leur place dans la Bible, dans les mythes grecs, leur chasse au moyen-âge, leur image au sein des différents peuples de pêcheurs du monde...

 

Melville se livre dans Moby Dick à une critique radicale de la société occidentale, de ses hiérarchies, de certaines de ses valeurs, de ses croyances, de ses superstitions, de ses préjugés. En regard, les « sauvages » mais aussi les baleines, sont des figures souvent positives. Refusant pour autant d'opposer l'homme à l'homme, transcendant les particularismes pour parler du genre humain, l'auteur signe là un roman profondément humaniste.

 

En bref : Une oeuvre majeure de l'histoire de la littérature, une lecture inoubliable.



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Publié dans Romans

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