Seul autour du monde sur un voilier de onze mètres (Joshua Slocum)

Publié le par Cédric B.

Titre : Seul autour du monde sur un voilier de onze mètres
Catégorie : Journal de voyage
Auteur : Joshua Slocum
Date de la première édition : 1899
Éditeur : Chiron
Format : 256 pages (17 x 24 cm)
Prix : 15 €

Les premières phrases : « Dans le beau pays maritime de Nova-Scotia (La Nouvelle Écosse), s'élève une chaîne de montagnes appelée North Mountain, qui regarde du côté de la baie de Fundy, et de l'autre la fertile vallée d'Annapolis. Sur son versant nord croissent en abondance les vigoureux spruce, si appréciés pour la construction des navires. Les habitants de cette côte, robustes, hardis et énergiques, ont l'esprit d'entreprise et d'aventure qui caractérise le véritable marin, et c'est toujours une excellente référence, pour un skipper, que d'être originaire de La Nouvelle Écosse ».
L'extrait : « Il paraît bizarre que des professeurs et hommes d'État puissent prétendre que la Terre est plate ; et pourtant, avec l'appui du président Küger, trois Boers préparaient un mémoire dans lequel ils soutenaient cette opinion. Pendant mon séjour à Durban, ils vinrent me voir, espérant que je pourrais leur donner des arguments pour appuyer leur thèse ; ils paruruent désolés lorsque je leur dis que mon expérience ne pouvait leur apporter absolument rien [...].
- Si vous respectez l'Evangile, vous devez admettre que la Terre est plate.
- Si l'Evangile dit que la Terre est plate..., commençais-je.
- Comment ! cria-t-il, perdant tout le contrôle de lui-même et faisant le geste de me percer d'une sagaie ».
Les dernières phrases : « Et maintenant, sans avoir ennuyé mes lecteurs (du moins je l'espère) avec des détails scientifiques, des théories et des déductions, je ne puis que dire que j'ai essayé de raconter simplement, sans prétention, l'aventure elle-même. Ma tâche étant terminée, j'amarre mon bateau, et laisse mon Spray, pour le moment, en sécurité dans le porte ».

Commentaires : Joshua Slocum est un mythe dans le monde de la navigation. Il est le premier homme à avoir accompli un tour du monde en solitaire. Certes, cette longue traversée s'étale sur trois ans et s'accompagne de nombreuses (et parfois longues) escales à terre. Mais à bord de son Spray, l'homme ne dispose pas de GPS ni de VHF, pas même de moteur ! On comprend donc la fascination qu'il exerça sur ses pairs, au point que Bernard Moitessier baptisa son voilier le plus célèbre du nom de « Joshua ».

Au fil du récit, la personnalité de Slocum se dévoile peu à peu. L'homme est d'une grande modestie. Il donne son avis mais ne joue pas au donneur de leçons. Il a d'autant plus à dire qu'avant de se lancer dans son expédition, il a navigué durant plus de vingt-cinq ans de l'Europe jusqu'au Pacifique, sur des navires divers (de pêche, de commerce...), assumant de nombreux postes à leur bord. On regrette d'ailleurs qu'il ne détaille pas plus son naufrage au large du Brésil et comment il ramena sa famille aux États-Unis sur un bateau construit de ses mains. Pour ceux que le sujet intéresse, il faudra se reporter à Voyage of the Liberdade.

Terre après terre, Slocum nous livre ses découvertes et ses sentiments. L'homme fait preuve d'un vrai esprit de son temps. Il est convaincu de la supériorité de sa civilisation. Mais il se montre aussi curieux, respectueux et souvent admiratif des peuples qu'il rencontre. On doit d'ailleurs lui reconnaître que bien souvent, après les avoir formulés, il révise ses préjugés. En fait, Joshua Slocum ressemble surtout à un naïf humaniste.

Slocum parle finalement assez peu de la mer elle-même. Ce sont surtout ses rencontres qu'il détaille, ainsi que les nombreuses conférences qu'il donne au fil de son tour du monde pour récolter l'argent nécessaire à son voyage. On apprend malgré tout que la piraterie n'est pas un problème actuel, loin de là. Par contre, son bateau fait l'objet d'un traitement complet : son architecture, son annexe, les modifications effectuées au fil du temps, les dommages subis, le matériel embarqué, le ravitaillement et les nombreux échanges effectués au hasard de ses pérégrinations.

Si les premiers chapitres sont assez enlevés (attaque de pirates au large du Maroc, passage périlleux du Horn et de ses « sauvages »...), le rythme faiblit par la suite. On en vient parfois à regrette que ce pauvre Slocum n'ait pas connu davantage d'infortunes. Reste que ce témoignage est unique et historique, un maillon essentiel dans la longue chaîne du « tour-du-mondisme ».
En bref : Un livre émouvant qui fourmille d'anecdotes mais parfois répétitif.





> La semaine prochaine : Tabarly, un documentaire de Pierre Marcel

> Dans deux semaines : Navigation par gros temps, un ouvrage technique d'Adlard Coles et Peter Bruce



Publié dans Journaux de voyage

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