Le récit d'un naufragé (Gabriel Garcia Marquez)

Publié le par Cédric B.

Titre : Le récit d'un naufragé
Catégorie : Roman
Auteur : Gabriel Garcia Marquez
Date de la première édition : 1955
Éditeur : Grasset (collection Les Cahiers Rouges)
Format : 132 pages (12 x 19 cm)
Prix : 7,1 €

Les premières phrases : « Le 28 février 1955 on apprit la nouvelle : huit membre de l'équipage du destroyer Caldas, appartenant à la marine de guerre colombienne, étaient tombés à l'eau où ils avaient disparu, victimes d'une tempête dans la mer des Antilles. Le navire, après un séjour de réparation dans les chantiers de Mobile, avait quitté le port de l'Alabama pour Carthagène-des-Indes, qu'il avait rallié à l'heure prévue, cent-vingt minutes après la tragédie. La recherche des naufragés commença immédiatement, avec la collaboration des forces nord-américaines du canal de Panama chargés du contrôle militaire et autres œuvres de charité dans la zone sur des Caraïbes. Au bout de quatre jours on renonça à l'opération et les marins disparus furent déclarés morts, officiellement ».
L'extrait : « Je n'ai jamais cru que le fait de rester dix jours à endurer la faim et la soif sur un radeau pouvait transformer un homme en héros. Attendre était ma seule occupation, et tenter de survivre. S'il y avait eu à bord une réserve d'eau, des biscuits bien empaquetés pour la conservation, une boussole et des ustensiles de pêche, je serais pour sûr aussi vivant que maintenant. A cette différence près : on ne m'aurait pas traité en héros. Je n'ai fait aucun effort pour être un héros. Tous mes efforts ont été pour me tirer d'affaire ».
La dernière phrase : « '' Mais alors, que croyez-vous que j'aie fait durant mes dix jours en mer ? '' »

Commentaires :
Prix Nobel de littérature en 1982, Gabriel Garcia Marquez est d'abord un écrivain de grand talent. L'homme est surtout connu pour la manière dont il mêle réalisme et fantastique dans ses récits, comme par exemple dans Cent ans de solitude. D'un point de vue littéraire, Le récit d'un naufragé est une œuvre à ne pas rater dans le parcours dans l'écrivain. Marquez est un jeune journaliste en 1955 quand survient l'affaire du naufrage. Il entreprend alors de rencontrer le survivant de la catastrophe et l'interroge. Suite à ces entretiens, il rédige un livre qu'il écrit à la première personne, parlant à la place du héros malgré lui. Loin de chercher le fantastique et le romanesque, l'auteur reste terre à terre, très descriptif, factuel. C'est donc une œuvre qui fait exception dans la bibliographie du romancier sud-américain.

Le récit d'un naufragé est, bien évidemment, le récit d'un naufragé, un homme dénommé Luis Alejandro Velasco. On y lit les techniques mises en œuvre durant sept jours pour survivre, pour se nourrir, boire... On y lit les errances de l'esprit qui abandonne tout espoir, se reprend, combat, lutte, abandonne à nouveau mais se relève encore. On y lit les paysages changeants, les infinies variations de l'eau et du ciel, de tout ce cosmos en mouvement qui englobe un homme seul sur son radeau. On y lit le vol des oiseaux, l'aire des requins.

Mais on y lit plus que cela. À travers cette histoire anecdotique, c'est une critique du régime dictatorial qui oppresse la Colombie qui point. Le naufrage, vous le verrez, est lié à une affaire de corruption et le retour du naufragé embarrasse au départ, avant qu'il ne soit récupéré par le pouvoir en place. Le récit d'un naufragé est aussi une interrogation sur la société de consommation. Le naufragé avait voulu manger ses chaussures en cuir ; elles lui ont résisté. De retour au monde, le fabricant lui offre un contrat de publicité. Il en est de même pour l'entreprise de la marque de montre qu'il portait au poignet et ne cessa de fonctionner ou la société du chewing-gum qu'il mâchât durant son périple. Et bientôt, les médias aidant, Velasco devient une icône païenne et se retrouve à endosser un costume bien trop grand pour lui.

En bref : Un court roman de grande qualité qui intéressera autant les amateurs de littérature que ceux de la mer. Ceux qui prisent les deux ne doivent pas rater cette oeuvre.



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Publié dans Romans

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